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Comprendre le sujet

Eugenio Montale (1896-1981) est un poète italien majeur, prix Nobel de littérature en 1975. Figure de l'hermétisme, il développe une poésie dense et ironique, marquée par le paysage ligure, le scepticisme et la quête d'un « varco », passage vers une autre réalité. Ses recueils, d'Ossi di seppia à Diario del '71 e del '72, jalonnent une œuvre qui dialogue avec les bouleversements du XXe siècle.

L'hermétisme et la singularité de Montale
L'hermétisme désigne un courant poétique italien des années 1930, caractérisé par une langue dense, elliptique et difficile, proche du symbolisme français. Montale y est souvent rattaché, mais il s'en distingue : là où d'autres poètes poursuivent une pureté musicale abstraite, il ancre ses poèmes dans des objets concrets, des paysages réels et une ironie mordante. Son premier recueil, Ossi di seppia, paraît en 1925, avant la pleine consécration du courant. Cette précision chronologique évite d'inverser l'influence : Montale n'imite pas l'hermétisme, il contribue à le définir tout en gardant une voix singulière, plus prosaïque et sceptique.

Le « male di vivere » et le « varco »
Deux notions structurent la poétique de Montale. Le « male di vivere », le mal de vivre, exprime le sentiment d'enfermement dans une réalité banale et oppressive, où toute parole semble usée. Face à lui, le « varco », la brèche ou le passage, désigne un moment fugitif où un au-delà de l'ordinaire semble s'ouvrir, sans jamais pouvoir être fixé ni possédé. Ce motif traverse les recueils : dans Ossi di seppia, la brèche est entrevue dans le paysage ligure ; plus tard, dans Satura, elle devient presque une illusion ironique. Il faut souligner que ces termes sont des concepts critiques forgés à partir des poèmes, non des doctrines que Montale aurait systématisées.

L'évolution des recueils
La trajectoire de Montale se lit dans ses titres. Ossi di seppia (1925) fixe le monde dans une sécheresse minérale. Le occasioni (1939) déplace le lyrisme vers des objets et des figures symboliques, notamment la femme-ange qui guide sans rejoindre. La bufera e altro (1956) intègre l'histoire : la guerre, la chute de Mussolini, la douleur collective. Avec Satura (1971), le ton change radicalement : phrases longues, ironie, prosaïsme, deuil de la femme aimée. Cette évolution, du lyrisme oblique vers une poésie quasi conversationnelle, montre un poète qui refuse de se répéter et adapte sa langue aux mutations du XXe siècle.

Montale et ses contemporains
Montale appartient à la grande triade de la poésie italienne du XXe siècle, avec Giuseppe Ungaretti et Salvatore Quasimodo, tous trois liés à l'hermétisme mais profondément différents. Ungaretti, plus proche du futurisme à ses débuts, réduit le vers à l'essentiel ; Quasimodo, Nobel en 1959, cultive une musicalité lyrique intense. Montale, Nobel en 1975, se distingue par son ironie et son ancrage dans le quotidien. Il fut aussi un critique littéraire redouté, publiant sous pseudonymes dans la presse, et un traducteur attentif. Comparer ces trois poètes aide à situer Montale sans le réduire à une école.

Questions de révision

Que signifie le « male di vivere » chez Montale ?

C'est le sentiment d'enfermement dans une existence banale et oppressive, où le langage usé empêche d'exprimer une vérité profonde. Ce motif, central dans Ossi di seppia, n'est pas un pessimisme absolu : Montale y répond par l'ironie et par l'attente fragile d'un « varco », une brèche vers une autre réalité, jamais définitivement atteinte.

Pourquoi Montale est-il associé à l'hermétisme tout en s'en distinguant ?

Son langage dense et elliptique le rapproche de ce courant des années 1930. Mais il s'en écarte par l'usage d'objets concrets, de paysages réels et d'un ton souvent prosaïque et ironique. Ossi di seppia paraît en 1925, avant la pleine affirmation du courant : Montale n'en est pas un imitateur mais l'une des figures qui en définissent la diversité.

Comment l'œuvre de Montale évolue-t-elle au fil des recueils ?

De la sécheresse minérale d'Ossi di seppia (1925) aux symboles du occasioni (1939), puis à l'histoire et à la guerre dans La bufera e altro (1956), Montale élargit sans cesse son registre. Avec Satura (1971), il adopte une veine satirique et conversationnelle, marquée par le deuil. Cette trajectoire montre un poète qui refuse la répétition et adapte sa langue à son temps.