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Comprendre le sujet

La Glorieuse Révolution désigne le renversement du roi Jacques II d'Angleterre en 1688 et l'avènement de Guillaume III et Marie II. Elle aboutit au Bill of Rights de 1689, qui limite le pouvoir royal au profit du Parlement. Événement fondateur de la monarchie parlementaire britannique, elle a des répercussions durables sur l'Écosse, l'Irlande et les colonies d'Amérique du Nord.

Pourquoi parle-t-on de révolution « glorieuse » ?
L'expression « Glorieuse Révolution » vient de l'idée que le changement de souverain se serait fait presque sans combat en Angleterre : Guillaume débarque en novembre 1688 et l'armée de Jacques II se désagrège par les défections. Cette image est toutefois à nuancer. En Écosse, des troubles accompagnent la chute des Stuart, et en Irlande la question dégénère en guerre ouverte entre Jacques II, soutenu par des catholiques irlandais, et Guillaume, victorieux à la Boyne en 1690. Le traité de Limerick (1691) met fin au conflit, mais la défaite jacobite entraîne des confiscations et un durcissement du statut des catholiques irlandais. La « gloire » de 1688 est donc surtout anglaise et parlementaire.

Le Bill of Rights et la monarchie limitée
Adopté en 1689, le Bill of Rights n'est pas une constitution écrite complète, mais une déclaration qui fixe des limites précises au pouvoir royal. Le roi ne peut plus suspendre des lois, lever des impôts ni entretenir une armée permanente sans le consentement du Parlement. Les députés obtiennent la liberté de parole dans les débats, et des élections régulières sont garanties. Le document exclut aussi du trône tout catholique et tout souverain marié à une catholique, règle qui reste en vigueur jusqu'aux réformes du XXIe siècle. Ce texte fonde la pratique de la monarchie parlementaire britannique : le roi règne, mais gouverne avec le Parlement, modèle observé ensuite par toute l'Europe.

Locke et l'héritage intellectuel
John Locke, revenu d'exil après 1688, publie en 1689 ses Deux Traités du gouvernement civil. Le second défend l'idée que le pouvoir politique repose sur le consentement des gouvernés et que les peuples peuvent résister à un souverain qui viole la confiance placée en lui. Beaucoup de lecteurs y ont vu une justification de la Glorieuse Révolution, même si la chronologie exacte de la rédaction reste discutée. Les idées de Locke circulent largement au XVIIIe siècle et nourrissent les penseurs des Lumières en France comme en Amérique. La révolution anglaise de 1689 devient ainsi une référence pour les révolutions américaine et française, qui invoquent la limitation du pouvoir et les droits des sujets.

Chronologie essentielle à retenir
1685 : avènement de Jacques II après la mort de Charles II. 1688 : naissance du prince de Galles, qui écarte la perspective d'une succession protestante ; invitation des sept pairs ; débarquement de Guillaume à Torbay ; fuite de Jacques II. 1689 : couronnement conjoint de Guillaume III et Marie II, adoption du Bill of Rights et du Toleration Act, qui accorde un culte légal aux protestants dissidents, mais pas aux catholiques ni aux unitariens. 1690 : victoire de Guillaume à la Boyne. 1691 : capitulation de Limerick en Irlande. 1707 : union parlementaire de l'Angleterre et de l'Écosse, consolidant l'héritage de 1689 à l'échelle britannique.

Questions de révision

Pourquoi le Bill of Rights de 1689 est-il considéré comme fondateur ?

Parce qu'il subordonne durablement le pouvoir royal au Parlement : le roi ne peut plus lever d'impôts, suspendre des lois ni maintenir une armée permanente sans consentement parlementaire. Il garantit aussi des élections régulières et la liberté de parole des députés, posant les bases de la monarchie parlementaire britannique.

La Glorieuse Révolution a-t-elle vraiment été pacifique ?

En Angleterre, le changement de souverain s'est fait avec très peu de combats, d'où son nom. Mais en Écosse et surtout en Irlande, la crise a provoqué une véritable guerre : Jacques II y a tenté de reconquérir son trône avec des soutiens irlandais, avant d'être vaincu par Guillaume III à la Boyne en 1690, suivi de la capitulation de Limerick en 1691.

Quel rôle John Locke a-t-il joué dans l'héritage de 1688 ?

Locke n'a pas organisé la révolution : il était en exil et est rentré après 1688. Mais ses Deux Traités du gouvernement civil, publiés en 1689, offrent une théorie du pouvoir fondé sur le consentement et de la résistance à l'oppression, souvent lue comme une justification de la Glorieuse Révolution et largement reprise par les Lumières.