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Comprendre le sujet
L'épicurisme est une école philosophique fondée par Épicure à Athènes vers 306 avant notre ère. Elle repose sur une physique atomiste inspirée de Démocrite, une éthique hédoniste où le plaisir stable, l'ataraxie et l'aponie constituent le souverain bien, et une conception du savoir libérant de la peur des dieux et de la mort. Le Jardin, communauté d'amis, incarne un idéal de vie simple et retirée, transmis notamment par Lucrèce et redécouvert à la Renaissance.
Plaisir épicurien et hédonisme vulgaire
Contrairement au sens courant du mot « épicurien », Épicure ne prône ni luxure ni excès. Il distingue les plaisirs cinétiques, liés à la satisfaction active d'un désir, des plaisirs catastématiques, qui sont des états stables comme l'absence de douleur et la sérénité de l'âme. Le plaisir catastématique constitue la limite du bonheur : une fois les besoins naturels et nécessaires comblés, l'accumulation de richesses ou de festins n'apporte rien d'essentiel. Épicure recommande même de renoncer à certains plaisirs qui engendrent des troubles ultérieurs, et d'endurer certaines peines quand elles procurent un bien supérieur. La prudence, faculté de calculer les conséquences, est la vertu centrale de cette éthique mesurée.
Le tetrapharmakos : remède aux quatre peurs
La doctrine épicurienne se présente comme une thérapeutique de l'âme, résumée par le tetrapharmakos, les quatre remèdes attribués à l'école. Contre la peur des dieux, la physique enseigne que des êtres bienheureux ne s'occupent pas des affaires humaines et ne punissent pas. Contre la peur de la mort, l'argument célèbre affirme que la mort n'est rien pour nous : quand nous existons, elle n'est pas là, et quand elle est là, nous n'existons plus. Contre la douleur, Épicure soutient qu'elle est intense mais brève, ou longue mais supportable. Contre l'insatisfaction, il rappelle que le nécessaire est facile à obtenir. La connaissance ainsi libérée des terreurs permet d'atteindre l'ataraxie.
Le Jardin et le rôle de l'amitié
Épicure achète vers 306 avant notre ère une maison avec un jardin à Athènes, le fameux Jardin, où il vit avec ses disciples, parmi lesquels Métrodore, Hermarque et Léontée. Contrairement à bien des écoles de l'époque, la communauté accueille aussi des femmes et des esclaves, ce qui est remarquable pour l'époque. L'amitié y occupe une place centrale : Épicure la considère comme l'un des plus grands biens pour une vie heureuse, à la fois utile et source de joie désintéressée. La vie retirée du monde politique, résumée par la maxime « vis sans être remarqué », traduit la conviction que le bonheur dépend des relations proches et de la simplicité, non des honneurs publics.
Transmission et postérité de l'épicurisme
Après Épicure, l'école se poursuit à Athènes et se diffuse dans le monde hellénistique puis romain. Le poème De rerum natura de Lucrèce, au Ier siècle avant notre ère, expose en latin la physique et l'éthique épicuriennes et constitue notre principale source ancienne. Les lettres d'Épicure à Hérodote, à Pythoclès et à Ménécée, conservées par Diogène Laërce, résument la doctrine. Après une longue période d'hostilité chrétienne, l'épicurisme est réhabilité au XVIIe siècle par Gassendi, qui le concilie avec la pensée chrétienne, et influence ensuite les moralistes français comme La Rochefoucauld et les philosophes des Lumières.
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Questions de révision
En quoi le plaisir épicurien diffère-t-il du plaisir tel qu'on l'entend communément ?
Pour Épicure, le souverain bien n'est pas la poursuite des plaisirs intenses ou du luxe, mais un état stable : l'absence de douleur du corps (aponie) et de trouble de l'âme (ataraxie). Il recommande des plaisirs simples, naturels et nécessaires, et conseille de renoncer aux plaisirs qui entraînent des troubles. Le sens moderne d'« épicurien » désignant la gourmandise ou la débauche est donc un contresens historique.
Pourquoi, selon Épicure, la mort ne doit-elle pas nous faire peur ?
Épicure argumente que la mort est la dissolution de l'atome de notre âme, donc la fin de toute sensation. Tant que nous existons, la mort n'est pas présente ; quand elle arrive, nous n'existons plus pour la subir. La mort n'est donc « rien pour nous » : craindre une expérience que nous ne vivrons jamais est une erreur de jugement que la physique atomiste permet de corriger.
Quelle est la différence entre l'épicurisme et le stoïcisme ?
Les deux écoles hellénistiques visent la tranquillité de l'âme, mais par des voies différentes. Les épicuriens font du plaisir, entendu comme absence de douleur et de trouble, le souverain bien, et fondent la connaissance sur les sensations. Les stoïciens, avec Zénon puis Chrysippe, font du bien un concept moral, la vertu seule étant bonne, et préconisent de vivre selon la nature et la raison. Les épicuriens prônent le retrait de la vie politique, tandis que les stoïciens acceptent généralement l'engagement public.