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Comprendre le sujet

La théorie de la justice comme équité, formulée par John Rawls dans Théorie de la justice (1971), propose une alternative à l'utilitarisme. Elle imagine un contrat social choisi dans une position originelle derrière un voile d'ignorance, d'où découlent deux principes hiérarchisés : les libertés de base égales et l'égalité équitable des chances, subordonnées au principe de différence autorisant les inégalités bénéfiques aux plus défavorisés.

Le voile d'ignorance et la position originelle
Rawls imagine des parties contractantes choisissant ensemble les principes de justice d'une société, sans savoir quelle place elles y occuperont : classe sociale, talents, sexe, génération et conception du bien leur sont inconnus. Ce voile d'ignorance garantit que le choix soit impartial, car personne ne peut favoriser sa propre situation. Les parties connaissent toutefois la sociologie, l'économie et la psychologie humaine, ce qui leur permet de raisonner. Rawls soutient qu'elles choisiraient le maximin, c'est-à-dire le principe protégeant le mieux la position la plus défavorable, plutôt que de risquer des pertes importantes pour un gain espéré.

Les deux principes et leur hiérarchie
Le premier principe garantit à chacun un système égal de libertés de base les plus étendues, compatibles avec les mêmes libertés pour tous : expression, conscience, participation politique, intégrité personnelle. Le second principe exige une égalité équitable des chances et autorise les inégalités sociales et économiques seulement si elles profitent le plus aux plus défavorisés (principe de différence). Ces principes sont ordonnés lexicalement : aucune restriction des libertés de base ne peut être compensée par des avantages économiques, et les chances égales priment sur la redistribution. Cette priorité distingue nettement Rawls de l'utilitarisme.

Rawls face à ses critiques
Robert Nozick reproche à Rawls de traiter les talents comme un actif collectif et défend un État minimal fondé sur les droits de propriété. Amartya Sen juge que les biens premiers mesurent mal les libertés réelles des individus et propose l'approche des capabilités. Les communautariens, comme Michael Sandel, critiquent l'image d'un individu abstrait antérieur à ses appartenances sociales. Des autrices féministes soulignent que la famille, présentée comme juste, échappe à l'analyse rawlsienne. Rawls a répondu dans Libéralisme politique (1993) en reformulant sa théorie comme une conception politique, non métaphysique.

Exemples d'application du principe de différence
Le principe de différence n'exige pas l'égalité stricte des revenus : il admet des inégalités, par exemple des salaires plus élevés pour des professions exigeantes, si cette organisation améliore la situation des moins bien lotis, par exemple en finançant services publics et formation. À l'inverse, une inégalité qui n'avantage que les mieux placés est injuste. Rawls distingue aussi les inégalités nées des circonstances sociales, que la société doit corriger, de celles liées aux choix de vie. Cette distinction entre chance et choix structure de nombreux débats contemporains sur la redistribution et l'égalité des chances.

Questions de révision

Pourquoi Rawls rejette-t-il l'utilitarisme ?

Parce que l'utilitarisme peut sacrifier les libertés ou le bien-être de quelques individus si cela maximise le bien-être total de la société. Rawls refuse d'agréger ainsi les satisfactions : les libertés de base de chaque personne sont inviolables et ne peuvent être compensées par des avantages collectifs. Sa théorie prend au sérieux la distinction entre les personnes.

Que signifie le principe de différence concrètement ?

Il autorise les inégalités sociales et économiques à condition qu'elles profitent le plus aux membres les plus défavorisés de la société. Par exemple, une différence de salaire est acceptable si elle incite à des activités qui améliorent aussi la situation des plus pauvres, mais une inégalité ne bénéficiant qu'aux mieux placés est injuste.

Quelle est la différence entre les biens premiers sociaux et naturels ?

Les biens premiers sociaux, comme les droits, les libertés, les opportunités, le revenu et la richesse, sont distribués par les institutions sociales et relèvent directement des principes de justice. Les biens premiers naturels, comme la santé, l'intelligence ou l'imagination, dépendent en partie du hasard naturel : la société ne les distribue pas, mais elle peut en atténuer les effets inégaux.